Un dirigeant qui a chiffré son projet IA au printemps travaille aujourd'hui avec un budget faux. Le 17 juin 2026, la prise en charge du Diag Data IA par Bpifrance est passée de 25 % à 40 %, ramenant le reste à charge de 7 500 à 6 000 € HT. Cette correction discrète est passée largement inaperçue, y compris sur les sites qui recommandent le dispositif. Elle s'inscrit dans un mouvement plus large où l'argent public et privé se porte massivement sur le calcul, l'hébergement et le diagnostic, beaucoup moins sur la mise en oeuvre.
Le Diag Data IA, mieux financé depuis juin
Le Diag Data IA est un dispositif de Bpifrance Conseil, cofinancé par France 2030 et rattaché au plan « Osez l'IA ». Un expert agréé intervient huit jours-hommes, répartis sur trois mois au maximum. Il dresse un état des lieux technique et opérationnel, identifie des cas d'usage applicables au contexte de l'entreprise, puis les priorise selon leur valeur ajoutée. Le livrable est une feuille de route chiffrée.
La prestation coûte 10 000 € HT. Le changement porte sur la part financée. Jusqu'au 17 juin 2026, Bpifrance couvrait 25 % du montant, laissant 7 500 € HT à l'entreprise. Depuis, la prise en charge atteint 40 %, soit un reste à charge de 6 000 € HT. Le gain est de 1 500 € HT, environ un cinquième du budget initial.
L'éligibilité n'a pas bougé. Le dispositif vise les PME et ETI de 10 à 2 000 salariés, immatriculées en France au registre du commerce et des sociétés, avec plus d'un an d'existence et un chiffre d'affaires supérieur à 1 million d'euros. Les entreprises en difficulté au sens de la réglementation européenne restent exclues. La demande se dépose sur diag.bpifrance.fr, en désignant un expert agréé.
Deux mille accompagnements sont cofinancés sur la période 2026-2027. Le volume est donc contraint, ce qui plaide pour déposer tôt plutôt que d'attendre la fin de l'exercice.
Un an d'« Osez l'IA » : beaucoup de sensibilisation, peu de diagnostics
Bercy a publié début septembre 2026 le bilan du plan « Osez l'IA », lancé le 1er juillet 2025. Les chiffres de diffusion sont solides. Plus de 35 000 entreprises ont été sensibilisées, à travers un réseau de 615 Ambassadeurs IA déployés dans 20 régions et collectivités, Outre-mer compris, sur 13 secteurs d'activité. Quatre-vingt-huit offreurs de solutions adaptées aux PME et ETI sont référencés. La plateforme « Accélérez avec l'IA », ouverte en juin 2026, rassemble 54 cas d'usage documentés.
Un chiffre détonne dans cet ensemble. Soixante-dix Diagnostics Data IA ont été engagés, pour un objectif affiché de mille déploiements. L'écart entre le nombre d'entreprises touchées par la sensibilisation et le nombre de celles qui franchissent l'étape du diagnostic est considérable, de l'ordre de un pour cinq cents.
Ce décrochage se lit de deux manières. Il traduit d'abord un délai naturel : sensibiliser va vite, engager une prestation de huit jours demande une décision budgétaire. Il signale aussi que le passage de l'intérêt à l'action reste le point dur, ce que le gouvernement reconnaît en faisant de ce passage l'axe de la nouvelle étape du plan. La revalorisation de la prise en charge à 40 % s'inscrit dans cette logique.
« Trente-cinq mille entreprises sensibilisées, soixante-dix diagnostics engagés. L'obstacle n'est plus la conviction, il est dans le passage à l'acte. »
L'Europe finance le calcul, pas les modèles
Au niveau des infrastructures, l'été 2026 a été dense. EuroHPC a ouvert fin juillet un appel à candidatures pour un ensemble de gigafactories d'IA, avec des investissements privés attendus à hauteur de plusieurs dizaines de milliards d'euros et un dépôt des dossiers avant la mi-novembre. En France, un projet de coentreprise entre Orange et l'investisseur Morrison porte sur des centres de données adossés à un engagement de plusieurs milliards d'euros. Mistral a de son côté lancé ses European Compute Units, avec une trajectoire de capacité affichée à l'horizon 2030, et a commencé à servir des modèles tiers sous contrôles régionaux européens. Côté services publics, le plan « Notre IA » présenté à Bercy en juin prévoit un assistant conversationnel commun bâti sur des technologies françaises, destiné à près d'un million d'agents de l'État d'ici fin 2026.
Une constante traverse ces annonces. L'Europe finance le calcul et l'hébergement, plus rarement un modèle de classe frontière. Le pari implicite est que les poids viendront d'ailleurs, et que la valeur souveraine se joue sur l'endroit où les données transitent et où l'inférence s'exécute.
Pour une entreprise, cette orientation a une conséquence pratique et plutôt favorable. Héberger un modèle en Europe, ou sur sa propre infrastructure, devient moins coûteux et mieux outillé. L'argument selon lequel le déploiement souverain on-premise serait un luxe technique perd du terrain à mesure que les capacités se construisent.
Ce que l'argent public ne finance pas
Il faut lire ces dispositifs pour ce qu'ils sont. Le Diag Data IA produit une feuille de route. Les gigafactories produisent de la capacité de calcul. Ni l'un ni l'autre ne produit une solution en production dans votre entreprise.
Entre la feuille de route et le système qui tourne, il reste l'ingestion des documents, le choix du modèle, la mise en place de la traçabilité, l'intégration au système d'information existant, la formation des équipes et la conformité. C'est là que se situe l'essentiel du coût réel, et c'est précisément la partie la moins couverte par les dispositifs actuels. Notre article sur le coût d'un projet RAG détaille ces postes.
Un diagnostic sans mise en oeuvre reste un document. Nous voyons régulièrement des feuilles de route sérieuses rester en attente faute d'avoir anticipé le budget de la phase suivante. Le bon réflexe consiste à chiffrer la mise en oeuvre en même temps que le diagnostic, pas après lui.
Comment articuler diagnostic et mise en oeuvre
- Vérifiez le taux en vigueur avant de budgéter. Le passage de 25 % à 40 % montre que ces paramètres bougent sans préavis. La valeur de référence est celle affichée sur
diag.bpifrance.frle jour du dépôt, pas celle lue dans un article. - Préparez l'entreprise avant l'arrivée de l'expert. Huit jours passent vite. Un inventaire préalable des sources documentaires, des accès et des irritants métier permet de consacrer ces journées à l'analyse plutôt qu'à la collecte.
- Chiffrez la suite dès le diagnostic. Demandez que la feuille de route comporte un ordre de grandeur de mise en oeuvre par cas d'usage, et pas seulement une priorisation.
- Vérifiez le cumul. Le Crédit d'Impôt Recherche, les aides régionales et les accélérateurs Bpifrance obéissent à des règles de cumul propres. L'articulation se prépare en amont, elle se rattrape mal.
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Demander mon diagnostic IA expressQuestions fréquentes
Combien coûte le Diag Data IA en 2026 ?
La prestation s'élève à 10 000 € HT. Depuis le 17 juin 2026, Bpifrance en prend en charge 40 %, soit un reste à charge de 6 000 € HT. Le taux précédent était de 25 %, pour un reste à charge de 7 500 € HT. Ces montants évoluent, vérifiez la valeur en vigueur avant de budgéter.
Qui est éligible ?
Les PME et ETI de 10 à 2 000 salariés, immatriculées en France au registre du commerce et des sociétés, avec plus d'un an d'existence et plus de 1 million d'euros de chiffre d'affaires. Les entreprises en difficulté au sens de la réglementation européenne sont exclues.
Que contient exactement le diagnostic ?
Huit jours-hommes d'un expert agréé, répartis sur trois mois au maximum : état des lieux technique et opérationnel, identification de cas d'usage applicables, priorisation selon la valeur ajoutée. Le livrable est une feuille de route, pas une solution déployée.
Où en est le plan Osez l'IA ?
Un an après son lancement, plus de 35 000 entreprises sensibilisées, 615 Ambassadeurs IA, 88 offreurs référencés et 54 cas d'usage publiés. Mais 70 Diagnostics Data IA engagés seulement, pour un objectif de 1 000. Le passage à l'action reste le point dur.
L'Europe finance-t-elle ses propres modèles ?
Les engagements annoncés en 2026 portent d'abord sur le calcul et l'hébergement, pas sur un modèle de classe frontière. Pour une entreprise, cela rend le déploiement européen ou on-premise plus accessible, alors que les poids des modèles les plus puissants continuent souvent de venir d'ailleurs.
Aller plus loin
Pour le panorama complet du marché et des dispositifs, notre page de référence sur l'intelligence artificielle en France. Pour cadrer un budget de mise en oeuvre, notre analyse du coût d'un projet RAG. Pour l'architecture d'un déploiement maîtrisé, notre guide du RAG souverain on-premise.